LES AVENTURES DE GROG : Le cours de Richard Hawley
GROG | 25 mai 2012« Gentleman ». « Gentle » plus loin « man ». L’homme gentil, classe, aimable. Un terme désuet, galvaudé, que l’on ne pensait croiser uniquement qu’au détour d’une enquête signée John Dickson Carr ou un film victorien réalisé par James Ivory. Un homme moral, attentionné, une philosophie de vie régie par un certain nombre de valeurs. Bigre, une espèce en voie de disparition ? Éventuellement. Le Grog en a croisé un. Nan, nan, pas Nicolas Sarkozy, Richard Hawley.
On l’a entendu taper le carton (premier disque prometteur des Longpigs en 1996 et une tournée en première partie du Popmart Tour de U2), taper la session (comme le solo d’« Under The Bridge » par les All Saints), taper l’inscrut’ (guitariste intérimaire chez Pulp de 1997 à 2002), ou encore taper sur l’épaule (un duo récent avec les Artic Monkeys). Au milieu de tout ça, une carrière sans fautes, ni de goûts, ni de choix. Richard Hawley fait parti de cette famille d’artistes discrets et libres traçant sa route sans ne rien demander à personne, dans le genre de Teenage FanClub. Il ne dérange pas, ne coûte pas forcément très cher, capable rallier toutes les générations. Les anciens et puristes mélomanes acquiescent à l’écoute de sa voix chaude de crooner des pubs sur ses disques hors du temps. Les plus jeunes prennent sa classe naturelle en exemple, se lovant dans les orchestrations douillettes fascinées par Phil Spector, n’ayant plus honte d’afficher un romantisme viril et anachronique, rendu désarmante par cette gueule cassée à la bouche en cul de poule. A la fois le grand frère et le père.
Lowedges, Coles Corner, Lady’s Bridge, des disques à la beauté tranquille égrainées au fil de la décennie passée, qui étirent l’axe rigoureux Roy Orbison-Lee Hazlewood, des recueils oscillant entre douces balades satinées et rockabillys chatoyants. Puis la rupture avec Truelove’s Gutter. Dans ce chef d’œuvre noctambule, l’enfant de Sheffield se désinhibe des conventions pop pour explorer des territoires plus amples, intimes. Comme si Scott Walker rencontrait Durutti Column. « For Your Lover Give Some Time », « Remorse Code », « Soldier On »… Neuf plages éthérées aux arrangements orgiaques, raffinées, qui laisse l’artiste donner libre court à ses fantasmes les plus baroques pour questionner et toucher les recoins les plus intimes de notre psyché. Un alboum qui dure, ne se dévoilant qu’au fil d’écoutes nocturnes.
Cette année, l’homme le plus classe du monde revient avec Standing at the Sky’s Edge et change de décor. Comme il aime à le rappeler en interview, Richard Hawley troque cordes et roucoulades pour remettre en avant la guitare, son instrument premier, utilisée au service de la dramatisation omniprésente de ses compositions. Bretteur atmosphérique et expressionniste, notre homme partage un indescriptible plaisir de jouer jusqu’alors mis en sourdine derrière sa voix.
Ici, il se conjugue furie swing et space-rock sur la locomotive « Leave Your Body Behind You », emprunte la diatribe vaudou du Dr John de Gris-Gris sur le gros morceau titre, dessine des architectures soniques ébouriffantes (« She Brings The Sunlight »), sans jamais oublier son art innée pour la délicatesse (« Don’t Stare At The Sun »). Si l’amour de son prochain reste le moteur essentiel de sa création, cette fois-ci, Richard est en colère et envoie le pâté.
Lorsque l’opportunité de le rencontrer se présente, mille et une questions se bousculent dans notre caboche, gonflée d’excitation. On sait l’homme bon client, cultivé, éloquent. Puis, au fil des recherches sur ce nouveau disque, d’une intensité sans égale dans sa discographie, il nous apparaît comme l’un des rares musiciens anglais de son espèce à réussir à formuler une pensée, un point de vue sur le monde qui motive sa création. Alors que Morrissey s’avachit en Californie, Richard Hawley semble le dernier à renouer avec les souches prolétaires et sociales reliant le peuple anglais à sa musique. Et forcément, quand vient le jour J, celle-ci passe au second plan…
GROG : Lorsque je vous ai découvert, il y a de cela quelques années, on vous présentait comme un guitariste de session passant à une carrière solo. Dans mon inconscient adolescent, je me disais tout bêtement « guitariste = guitare ». Dieu sait que je les ai cherché, les guitares, tout au long de vos six précédents disques, mais je n’ai trouvé que des chansons, que votre voix, que des compositions, tout ce que l’on connaît de vous. Bon ben, à la première écoute de Standing At The Sky’s Edge, peut-on dire qu’il s’agit de votre vrai premier disque de guitariste ?
Richard Hawley : Non, mais c’est qu’en fait, avant, je n’étais considéré QUE comme guitariste. Sauf que parallèlement à ça, depuis que je suis enfant, j’écris mes propres chansons. Mais je la bouclais. Quand j’ai fait mon premier album, c’était très important pour moi de domestiquer la guitare. Tu vois, de la mettre en veilleuse, parce que c’était la première fois que je révélais mon aptitude au chant et mes prétentions de compositeur. Et aussi, souvent, les guitaristes réalisent de très mauvais albums solos (rires) Vraiment vraiment horribles… Donc, heureusement pour moi, j’ai étudié l’art du songwriting en privé.
En écoutant Standing At The Sky’s Edge, j’ai trouvé que vous vous mettiez, finalement, énormément à nu, en exhibant votre art premier, la guitare. Je me suis donc demandé si vous ne vous exposez pas réellement sur ce disque, contrairement à ce personnage de crooner à la Roy Orbison, à la Lee Hazlewood, avec ces costumes, cette coupe de cheveux, exposé dans vos précédentes réalisations ?
Non, je suis toujours le même. C’est juste que je suis plus en rogne sur ce disque, à cause des choses qui se passe en Angleterre, politiquement parlant. Principalement. Tout l’album ne traite pas que de ça, mais principalement quand même. Il fallait que je réagisse, vois-tu. L’horizon est sans cesse brouillé par des connards, des gens qui sont en dehors de la réalité, qui n’ont pas les mêmes pompes que vous. Des politiciens, tu vois. Ils rabaissent nos horizons en fermant nos bibliothèques, nos écoles. Donc, si t’as pas de pognons, tu ne peux pas t’en sortir. Tu vois, les étudiants… Vous avez quel âge ?
27 ans.
27 ans, ok. Moi, j’ai une fille de 18 ans. Elle va vouloir aller à la fac, faire un diplôme d’astrophysique, ou que sais-je… Et une fois qu’elle aura terminé, en Angleterre, elle aura une dette de 50 000£ sur le dos. Comme tous les étudiants là-bas. Tout ça pour quoi ? Pour se retrouver à retourner des burgers. Tu vois ce que je veux dire ? C’est la même chose chez vous, je crois. Je ne peux pas en parler, mais je peux parler de ce qui se passe en Angleterre. Et ça m’fout en rogne. Nos parents, nos grands-parents… Tu vois Sheffield, c’est la capitale du socialisme en Angleterre. Historiquement parlant, ça l’a toujours été. Maintenant, c’est plus tellement le cas, mais ça revient petit à petit. Mais ça continue à m’énerver. Et la seule manière de retranscrire ça… Ça ne me semblait pas à propos de ramener tout le grand orchestre pour montrer que t’as la haine ! Je joue de la guitare depuis que je suis môme. Alors, ok, c’est bon, on vire les violons et puis… Il y a tellement de raisons… J’ai aussi perdu mon meilleur ami, Tim (McCall), avec qui je jouais de la guitare. Ça, c’était une autre raison. Je suis plus vieux que vous, les gars. J’ai deux fois votre âge, je pourrais être votre père. Et je suis sûr que j’en serais très fier (rires) Mais je sens que le temps file, et il fallait que je le fasse maintenant.
J’avais vu ça, cette manière dont vous avez concrétisé, transformé cette musique pour que ça soit politiquement engagé. Enfin, « engagé »… Pour qu’il y ait une résonance politique. Je voulais justement revenir sur Sheffield. C’est, une fois de plus, Sheffield qui est le paysage de vos chansons. Et j’ai souvent l’impression que vous vous en servez comme le cœur représentatif d’une certaine vision de la société anglaise.
C’est rigolo comme idée parce que je n’y ai jamais véritablement pensé, sur tous les autres disques. Mais, maintenant, ça commence à en faire pas mal. Il y a un journaliste en Angleterre qui a dit que c’était de la psycho-géographie, quoiqu’en soit sa putain de signification. Mais si on vit quelque part… On vit dans une société vraiment déracinée. D’où venez-vous ?
D’un bled paumé à 45 minutes de Paris.
T’y vis toujours ?
Non, j’essaie de bosser à Paris.
Oui, bien sûr. Tu sais, je vis, je travaille là où je suis né. Ce n’est pas mieux ou pire, mais j’ai fait le choix de rester proche de mes racines quand beaucoup d’autres ont fait le choix de partir. A ce moment-là, ça a été les pires moments pour y vivre, quand Margaret Thatcher était au pouvoir et que les usines fermaient. Tout le monde s’est barré. Je l’ai pas fait, je suis resté. Historiquement, ma famille est très liée à la ville. Et je ne voulais pas perdre ça. Je voyais bien l’évolution de la société, qu’on allait perdre ça. Je ne voulais pas que mes enfants, ma vie, perdent ce lien. C’est important pour moi. Ça n’importe à personne, mais à moi, oui.
Et à propos de Thatcher…
… Et maintenant, les enculés sont de retour ! Pour le pire !
Hey, c’était ma prochaine question…
… Elle voulait devenir une « Lady ». Mais c’était la fille d’un épicier.
Elle a été frustrée de cette condition.
Oui, et les fils de putes sont au pouvoir en ce moment. Ce sont des Lords et des Ladies. C’est ce qu’ils sont. Et ils veulent se réapproprier tous les privilèges qui avaient été abolis, y a 150 ans. Ils veulent inverser l’histoire.
Ce que vous avez vécu en tant qu’adolescent à Sheffield, comment ça a influé sur la vie avec vos parents, qui se sont séparés à cause de la pauvreté, est-ce que, maintenant que vous êtes vous-même père, vous trouvez une similitude entre l’état des lieux d’aujourd’hui, le contexte économique et social, le dépérissement qui peut exister aujourd’hui dans la société anglaise, et ce que vous avez pu vivre dans votre jeunesse ?
Oh oui, et c’est même pire. Et pourtant, c’était la merde à l’époque, vraiment la merde. Mais comme je l’ai déjà dit, nos horizons sont brouillés tout le temps.
En France aussi.
C’est comme dans Space Invaders (imitation avec ses mains où les envahisseurs mangent les gentils, plus proche de Pacman que de Space Invaders). Et ils nous tiennent maintenant, on est cerné, en sandwich. Et ils osent appeler ça des « mesures d’austérité ». Ça n’a rien à voir avec ça ! C’est le fait d’imposer des idées, qui signifient que moi et toi, nous n’avons rien, et eux, tout. C’est pas juste. Pour moi, ils changent la définition de ce qu’est une société civilisée. Une société civilisée s’occupe de ses malades et de ses personnes âgées. Nous devons leur dignité aux plus démunis. Tu comprends ce que je veux dire ? Moi, ce que je vois, c’est que les vieux, y sont à la rue. Y a rien pour eux, on ne fait pas attention à eux. Il faut s’occuper aussi des jeunes, leur donner une éducation convenable sans qu’ils doivent la payer. On est des millions d’honnêtes citoyens à payer des impôts, comment ça se fait que ça ne puisse pas être gratuit ?! La connaissance s’est accumulée pendant des milliers d’années pour nous sortir de nos grottes. C’est tellement logique pour moi, pourquoi personne d’autres ne le voit ???
A propos des émeutes de Londres, l’année dernière, vous disiez dans une interview que ce n’était que la partie émergée de l’iceberg. Quelle est l’autre partie ?
C’est le chaos. Dans le passé, pendant les années Thatcher, il y avait eu des émeutes. Il y en a toujours eu et il y aura toujours un malaise social. Mais ils marchaient en rang avec des drapeaux, pour des raisons précises. On voulait du changement. Mais CA, c’est l’anarchie. Il n’y avait pas de raisons, dénué de sens. Parce que beaucoup de ces individus ont été créé comme ça. Tu vois ce que je veux dire ?
Euh… Oui… ?
Sans jamais lire un livre, ou regarder un film, ou une peinture, ou écouter de la musique. Rien.
Il y aurait un manque de valeurs ?
Oui, bien sûr. Je suis un homme très moral. Je suis un prolo. J’ai été élevé dans une société très morale. Je ne crois pas que ça soit bien de se conduire de la sorte. Les horizons sont bouchés, sauf que eux, tout ce qu’ils veulent, c’est une paire de baskets ou un portable. Par le passé, on se battait pour le changement social. Tu vois ce que je veux dire ?
Oui.
Voilà ce qui s’est passé. Et ces riches imbéciles croient qu’ils sont immunisés. Mais votre pays est la preuve, dans son Histoire, qu’ils ne le sont pas ! (imitation de la guillotine) Tu vois ce que je veux dire ?
Oui !
Et ça approche. Ils croient qu’ils sont immunisés mais ils ne le sont pas, les cons. Si on rabaisse l’horizon du peuple jusqu’à un certain point, ils ne peuvent pas voir plus loin. Et s’ils ne peuvent plus ouvrir un bouquin, que se passera-t-il ? On n’en est pas loin.
C’est ce positionnement-là m’intéresse énormément parce que j’ai l’impression que vous êtes peut-être…
Je ne peux pas parler pour les autres, juste pour ma ville. Mais imagines seulement ce que c’est d’être en Grèce ou en Espagne en ce moment. Vous êtes jeunes et beaux. Regardez-vous les gars ! Vous êtes beaux gosses… Ma fille aussi, je la trouve magnifique, et elle a 18 ans, elle a la vie devant elle, et y a ces fils de pute qui veulent tout lui prendre. Et c’est mal. Y a rien pour inspirer notre jeunesse. Parce que devenir vieux et avoir du succès, ça ne veut pas dire qu’on arrête de se préoccuper des autres. Si t’es pas un branleur.
Il m’a semblé, qu’en Angleterre, il y a toujours eu un lien entre la classe ouvrière et la musique. Une connexion, un truc, une vraie assise idéologique. Sous Thatcher, il y avait les Smiths, Madness, puis dans les années 90, pour illustrer les dégâts, on a eu Oasis. Et aujourd’hui, vous êtes peut-être le seul, arrêtez-moi si je me trompe, mais le seul à avoir ce positionnement-là, à dire ces choses-là… Aux États-Unis, on entend beaucoup d’artistes qui reprennent ce genre d’idées mais, en Angleterre, on a l’impression que vous êtes un peu isolé dans ce cas-ci.
Oui, je sais. Ça va changer. Ça doit changer parce qu’on va y être forcé. Mon père, mon grand-père, les hommes, et les femmes, de ma famille… Je viens d’une famille de sidérurgistes, infirmières, soldats et musiciens, et parfois, tout ça se mélangeait. Il y a une moralité dedans. Je vais vous dire exactement ce que s’est : notre sens de l’union a disparu. Si on se serre les coudes, on peut changer les choses. Ça, ça n’existe plus en Angleterre. Ça a été balayé. Je l’ai vu se produire et ça me fait pleurer quand j’y pense. Certaines personnes dans ma famille étaient mineurs, et j’ai pas oublié, comme un éléphant. Et ça s’est passé y a une trentaine d’années. Et ça se reproduit maintenant, mais en pire. Je lis beaucoup sur l’Histoire. Et puis beaucoup de chansons de l’album parlent d’amour parce que c’est important aussi. Beaucoup l’ont oublié. Être bon, c’est vraiment, vraiment important.
Oui, il y a vraiment deux aspects. Des sons très durs, brutaux…
… Avec des pensées douces. Et encore une fois, c’est inspiré de l’environnement dans lequel j’ai grandi. J’ai été entouré d’hommes qui menaient des vies très dures, mais qui étaient plein de bonté. « Gentle-man ». La définition d’un gentleman. Mon père bossait 40 heures à l’usine et en rentrant, il passait une heure à m’apprendre la guitare, me montrer les accords, etc… Et j’ai pas oublié. Et maintenant, il a disparu. C’est important. Passer du temps. « For Your Lover Give Some Time ». Le plus grand cadeau que vous puissiez faire, tu sais ce que s’est ? Le temps. Rien d’autre. Rien de plus important. N’importe quelle amitié dure grâce à ça. Il y a autre chose que j’ai appris : il y a une très grande différence entre les personnes avec qui tu travailles… Tu vois, quand tu travailles, quoique tu fasses, il y a deux mots : c’est travailler « pour » ou « avec » (éclat de rires). Tu vois ce que je veux dire ?
Euh… Oui…
« Travailler pour » : pas de loyauté. Rien. « Travailler avec » : frères de sang. Ou des sœurs.
L’argent ?
Les trois grands mensonges : la politique, la religion, l’argent. Que d’la merde. Bob Dylan disait : « Money doesn’t talk, it swears » (« L’argent ne parle pas, il ne fait qu’insulter »).
Z’êtes un peu un missionnaire, non ?
Moi ? Noooon. Pas de religion.
Pas dans ce sens-là, plutôt de la manière de proposer une direction.
Ce n’est que moi. Les gens écoutent, ils en retirent ce qu’ils veulent, je fais pas de politique, j’ai pas de leçons à donner. Je ne suis pas un leader, je l’ai dit tout à l’heure. Je travaille « avec » les gens, pas « pour ». Je suis pas le patron de qui que se soit non plus. J’ai jamais travaillé de ma vie. Jamais. Non, je dis des conneries, j’ai travaillé deux mois dans un HMV*, pour Noël. Putain de cauchemar. Je penserais que ça serait bien de bosser dans la musique, mais c’était comme bosser pour des nazis, c’était tous des putains de tarés.
De toute façon travailler dans la musique aujourd’hui, faut être barge, non ?
Et bien, en anglais, on a le mot « oxymoron » (=oxymore), et en parlant du milieu de la musique, on accentue sur le « moron » (=crétin). Le business de la musique, c’est l’« oxymoron » par excellence. Rien ne fonctionne. Je suis chez EMI, arrivé par accident. J’avais signé sur un label indépendant, Mute, et j’ai été vendu, je suis un esclave (rires). Mais, le truc, c’est que je suis assez vieux et personne ne peut dire ce que je dois faire. Je m’arrêterai pas maintenant, c’est trop tard. Les portes de l’Enfer se rapprochent (rires). Faut pas être effrayé. Exprimes-toi, dis ce que tu penses, ça ira. Les gens ne font que se moquer de toute façon. On vit une époque de ce que j’appelle « montre du doigt et rigoles », parce qu’en Angleterre, on a X Factor et toutes ces conneries (fait semblant de vomir). Ce n’est pas de la musique, c’est du divertissement. Être tellement critique vis-à-vis de l’autre. Être aussi méchant, se moquer des gens à la télé, alors que t’es un gros porc avec ta pizza écroulé dans ton canapé. C’est de la merde, je veux pas faire parti de ce monde-là. Je ne veux me moquer de personne, je veux applaudir.
Donner des conseils ?
Oh non, je ferme ma gueule et tu poses les questions (rires)
Restons sur la musique pour en finir. On en revient aux valeurs, toujours. On a presque le même background. Je collectionne aussi les disques et je travaille chez une disquaire.
Aaaaaaaaaaaaah, ouuaaiis ! (top là) C’est dans le coin ?
Pas du tout.
Fuck. Y a des supers disquaires à Paris.
Donc, vous défendez les disquaires indépendants (cf. featurette du prochain documentaire Last Shop Standing), vous n’écoutez que du vinyles, etc… Et je me suis dit, pour quelqu’un qui a des valeurs aussi carrées, est-ce que le redressement moral de la jeunesse ne passerait-il pas par une collection de disques ?
Clairement. La musique sert à tout. L’histoire de la musique est un dépositaire de la race humaine, le folk, le blues ou la country… N’importe quel genre, comme tu veux l’appeler, ça n’a pas d’importance. La race humaine fait l’erreur de compartimenter les informations : histoire, géographie, mathématique, anglais. Ce n’est pas comme ça, ce sont des horizons (rires) Tout se mélange ! Tu vois ce que je veux dire ?
Toujours.
Plus tu restes à l’affût, plus tu absorbes toute ta vie. Ça, c’est beau mec, si t’y prends le temps d’y penser. Jimi Hendrix a dit : « ne crois pas tout ce que tu vois et entends » (rires hystériques). Questionne chaque chose : « Pourquoi ? ».
Chaque artiste est une balise.
Je vais vous filer un tuyau, les gars. Il y a un musicien de folk en Angleterre qui est mort récemment, appelé Mike Waterson, la famille Waterson… Martin Carr (Boo Radleys) disait, en parlant des Watersons : « Mmmmmmh… (son de prière)… Fucking awesome ». C’était la source de la rivière. Avant que Mike ne meurt, il m’a dit : « Quand un vieil homme meurt, on perd une bibliothèque ». Ou un album. Parce qu’il parlait de lui-même et il savait qu’il allait mourir.
Maintenant tout est empaqueté là-dedans (l’Iphone qui enregistre tout). Tout ça, internet, ce qu’on nous propose de télécharger, etc… Ça réduit notre champs de vision, on est obligé de suivre ce que les gens veulent nous faire écouter ou voir.
Lis un livre, c’est aussi simple que ça. Et l’amour. C’est pas compliqué. Je suis un vieux machin, je viens d’une époque différente et tous ces trucs-là, c’est tellement nouveau. Ça a déjà six ou sept ans, et c’est encore nouveau. Par rapport à l’aube des temps, le changement qu’on vit n’en est qu’au début. La technologie a tout balayé, tout redéfini, à entièrement changer la manière de penser, la manière de vivre. A mon avis, on passe tout notre temps à regarder notre écran au lieu de regarder ce qu’il y a autour de nous. Quand je vois mes mômes devant la télé, y en a tellement qu’ils finissent par se battre tellement ils sont excités. Quand je leur mets des vieux films, ça les calme. C’est pas compliqué, bordel ! Lis un livre, va à la mer, tu te sentiras mieux (rires)
J’en prends bonne note.
RICHARD HAWLEY – STANDING AT THE SKY’S EDGE (PARLOPHONE/ EMI)
*FNAC anglaise














[...] ses sujets à genoux par les mesures d’austérité (pour en savoir plus, lire notre interview de Richard Hawley), mais voir des anglais blancs comme des Petits Suisses s’appeler « zoulous » n’est-il pas [...]
Putain une interview de Richard Hawley !!!!!!!!
Vous êtes passés par son manager Graham pour l’avoir en interview ??
Merci de me répondre,
Un fan hardcore de Richard Hawley
Du tout, nous nous sommes adressés à l’attaché de presse oueb d’EMI France. Tout simplement.
Entendu, Merci beaucoup.
Super itw mec ! bien joué
Et je le dis d’autant plus que je l’ai aussi rencontré ce jour-là.
Tu verras l’itw sera ici, sur mon site
http://www.parlhot.com
Tu y trouveras d’ores et déjà un long papier introductif à l’entretien.
Bonne route,
A+
Sylvain