GROG&CO #43 : David remplit son dimanche d’amour
GROG | 11 mars 2012
Tous les week-ends, pendant un mois, le GROGSTORE ouvre ses portes et laisse carte blanche à un camarade : c’est GROG&CO. Troisième et dernière sélection de David, bien décidé à souiller le GROGSTORE de son amour. Mais que va-t-il me faire écouter aujourd’hui ?
Malgré une interruption inattendue le ouikend dernier, David revient en quatrième semaine pour nous faire part de sa dernière sélection, ô combien pointue. Féroce puriste fasciné par les sixties, notre compagnon de la chanson s’investit une fois de plus dans la découverte des recoins de la pop, de la soul, et du rock. Quitte à nous permettre de pointer du doigt des anomalies et rendre à César ce qui appartient à Ponce Pilate.
Après le blouze, le garage, voici l’autre pêché mignon de David : la Northern Soul. Ach, derrière ce nom barbare se cache la série B de la soul, les mystérieux losers qui continuèrent à faire danser la bourgeoise et le prolétaire dans les années 70, avant sa mutation en disco. Son impact semble plus social que véritablement musical, que l’on peut moins caractériser que les productions Motown ou Stax, si on prend les deux grosses locomotives du marché. Certains s’en tiennent à un positionnement géographique : à l’inverse de la Southern Soul (Aretha Fanklin, Otis Redding, Wilson Pickett), basée dans les états sudistes des États-Unis (Alabama, Tennessee, etc…), la Northern Soul, c’est la soul du nord, Chicago, Detroit, New York, voir Los Angeles pour les plus permissifs. Mais cette terminologie n’apparaît que durant les années 70, et en Angleterre, grâce à des DJ fanatiques prêt à sauver la peau des petits mods en perdition entre le rock progressif et le gros rock blouzy. Animant les soirées de divers casinos et clubs de danse de la perfide Albion, ils ont mis au goût du jour des raretés commises par d’obscurs artistes n’ayant pas connus succès aux États-Unis, dont les enregistrements singeaient le son Motown, plus rustique, au beat plus rapide et bondissant. Aujourd’hui encore, sortent à tour de bras des compilations reprenant les sélections les plus enflammées de ces lieux mythiques comme le casino de Wigan et le Blackpool Mecca de Blackpool. De la série B, comme on le disait, mais efficace, qui fait encore la ruine des collectionneurs les plus acharnés.
Nombreux sont les traumatisés de cette musique, de Paul Weller, tout seul, avec les Jam ou Style Council, à Elvis Costello (avec l’album hommage Get Happy), Kevin Rowland (cerveau des Dexy’s Midnight Runners, groupe de soul anglais typique de cette culture dans les années 80) ou bien sûr, Marc Almond de Soft Cell, dont il sera question ce dimanche. Et oui, pour illustrer son propos, David a choisi la version originale de « Tainted love », interprété par Gloria Jones en 1964, immortalisé grâce à Soft Cell* en 1981, et Marylin Manson, au ralenti. Ça turbine un max et ça fait plaisir de ré-écouter cette irrésistible version, capable de décaniller les oursins en Afrique à chaque écoute.
Rapide brief sur Gloria Jones, excellente chanteuse s’il en est, dont la carrière, peu couronnée de succès il est vrai, reste aussi dans nos mémoires pour avoir été la compagne de Marc Bolan, leader de T-Rex, tout en tenant chœurs et claviers avec lui sur scène. Certains l’accuseront d’avoir influé le monsieur vers la tendance soul et funk de T-Rex au milieu des années 70. Pourtant, on ne peut s’empêcher de glisser tout le bien qu’on pense de disques mésestimés comme Zinc Alloy and The Hidden Riders of Tomorrow et Zipgun, témoignages de cette période.
Place à la prose de David :
« La Northern Soul, soit on aime, soit on déteste. Pour certains, cela peut sonner comme « La Croisière s’amuse » mais pour les autres, cette musique est classieuse. Les années 60 sont le firmament de la soul, la production y est énorme, et la Motown est omniprésente. Pareil que dans le garage, le vivier est gigantesque. Amy Winehouse et Raphael Saadiq en sont de sublimes héritiers. Quant à ce titre, maintes fois repris (Soft Cell, Marylin Manson… et même Fine Young Cannibals avec « Good Thing » , il représente le classique de ce genre, bien qu’inconnu dans les sixties, il connut son heure de gloire vers le milieu des années 70 dans les dancefloor northern soul grâce aux excellents DJ anglais. »
On danse ce dimanche, merci à David, et à la semaine prochaine pour un nouvel invité !







