GROG&CO #41 : Dimanche, David entre dans l’arène mer.
GROG | 19 février 2012Tous les week-ends, pendant un mois, le GROGSTORE ouvre ses portes et laisse carte blanche à un camarade : c’est GROG&CO. Après Claire Denamur, une nouvelle session débute ce dimanche matin, avec David, fameux DJ parigot officiant sous le nom de Rod Rumble toutes les semaines à la Mécanique Ondulatoire. Une sommité en matière soul, garage, blues et wack’n’woll des premiers temps. Mais que va-t-il me faire écouter aujourd’hui ?
Espace de liberté musicale soumis aux vannes grogesques, il était inévitable que le GROG&CO finisse par ouvrir ses portes aux DJ, les vrais. Ces curieux êtres peuplent une faune d’acharnés en quête constante du machin hypra-rare à prix prohibitif qui parviendra à remuer vos guiboles quand vient l’heure de l’afterwork. Des sortes de chevaliers de la Table Ronde animés par la même mission sans fin : réussir l’enchainement fatal, le combo décisif, l’enfilade imparable de chansons capable de te retourner le mollet et te faire danser jusqu’à ce que mort s’en suive. Oh oui, ils sont nombreux, ils sont parmi nous, tapis dans l’ombre. David alias DJ Rod Rumble en fait partie. On peut l’entendre chaque semaine à la Mécanique Ondulatoire, haut lieu des amateurs de garage et de sons sixties parigots ou alors au Rock’n’roll Circus, autant de bouges de la capitale où il turbine sans cesse, sa mallette à 45tours sur le dos, pour élever la nostalgie de vos soirées dansantes vers d’autres sphères que Thierry Hazard et Corona.
Pendant quatre semaines, David va nous conter quelques étapes de sa vie de DJ, de sa Bretagne natale à l’effervescence parisienne, d’un temps où les minitels n’avaient pas YouTube, où parvenir à se forger une éducation musicale s’apparentait encore à un jeu de piste, sans avoir à cliquer sur son mulot pour remplir son Ipod et où la musique faisait encore rêver.
Pour son premier GROG&CO, notre nouveau copain du dimanche se penche sur un morceau crucial : Howlin Wolf et « Smokestack Lightnin’ ».
« Au début des années 90, ma génération de pré pubères aux boutons d’acnés et jeans troués était quelque peu tiraillée entre acheter des compact disc digital de hard rock, de grunge, de dance ou de hip hop. Soit tu étais Guns’n’Roses, soit Nirvana, soit Snap ou soit NTM… Cependant, dans ma paisible petite ville bretonne, NTM ne nous parlait pas forcément, hormis si on voulait foutre le feu à la poubelle du ref’ pour se rebeller contre le dirlo qui nous avait sucré le rab’ de frites… Quant aux hardos, ils nous faisaient acheter par nos parents des guitares pour tenter d’amadouer Pénélope qui, elle, préférait aller à la discothèque du dimanche après-midi danser sur Black Box (« Ride on time ») et rouler des galoches à ton cousin plus âgé… Un jour, une amie, qui m’avait proposé de tirer des lattes sur une Peter Stuyvesant goût pêche, a sans doute changé quelque chose dans ma vie sans le savoir ! Une drôle de musique sortie de sa Renault 5… Elle me parla de blues, et me prêta sa K7 dolby où elle y avait compilé ses morceaux préférés.
Je fus tout de suite chaviré. Voilà, ça m’a tout de suite parlé. Je l’écoutais sans cesse, il y avait du John Lee Hooker, Elmore James, Muddy Waters… Mais ce morceau de Howlin Wolf m’a frappé d’entrée. Cette voix si puissante, ce son de guitare simple mais « tendu », cette ambiance caverneuse et ce groove dangereux, voilà une vraie musique de l’âme, du moins à mon goût. Je n’avais pas vu une seule image de ce chanteur (y’avait pas youtube sur le minitel), mais je savais que cette musique et ce chant serait intemporel, et me hantera toute ma vie.
Je ne lui ai jamais rendu sa cassette. »
Cela nous promet quelques dimanches de bon goût…
BONUX_Pour notre bon souvenir…







