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GROGALAMODE #55 : HOWLER – AMERICA GIVE UP

GROG | 9 février 2012

Hier soir, bravant le bise, remontant une rue de Bagnolet semblable au front russe, notre incorruptible blogueur, la goutte au nez, a assisté à un événement rare en ces tristounettes années 2010 : un concert à faire rapatrier les pigeons en hiver. Du rock en phase terminal, décisif et tendu interprété par une bande de péquenots presque pas poseurs. Onze ans après Is This It des Strokes, la batterie en carton, les guitares qui font « cling-cling », le clavier inaudible et la voix compressée, paraît que c’est toujours hype. Le NME, tabloïd renommé outre-Manche, a fait d’Howler le troisième meilleur groupe de 2011, signé chez l’éminent label briton Rough Trade sur la foi de quelques démos, lui-même découvreur des… Strokes. Bon, quand on écoute d’une oreille distraite ce premier alboum, America Give Up, on est en droit de se demander, pourquoi eux et pas un autre ? La réponse est simple : les chansons. Derrière leurs atours maintes fois usés depuis 2001, celles des boutonneux de Minneapolis sont sacrément bonnasses. De quoi faire plier Grog le temps d’un plaisir coupable.

 

Au cas où personne ne l’aurait remarqué, les Strokes restent définitivement l’entité ayant engendrée le plus d’émules la décennie passée, et motivée le plus de DA à signer des groupes avec de vrais guitares et de vrais converse. Si on sera toujours plus bienveillant envers ceux choisissant les Strokes que Franz Ferdinand en ligne de mire, monter en épingle une formation somme toute passe-partout comme Howler revient à se plonger une fois plus dans le grand débat des années 2000 : quid de l’originalité ? Débat manifestement dans l’impasse car qui n’a jamais été pris en pleine conversation traitant de telle ou telle nouveauté dont la musique « n’apporte rien », qui « ressemble » à tel machin, etc… Une situation mainte fois vécue pour nous autres mélomanes, dont la seule mission, en société, consiste à contredire son interlocuteur et étaler sa culture, car s’ouvre à chaque fois devant nous, le boulevard des contre-exemples. Pour tomber au même point : tout le monde copie tout le monde, la vraie musique c’est la musique classique, sinon si plus personne n’est capable de savourer les simples délices d’une bonne chanson, quelque soit le genre abordé, autant se palucher sur un disque de Merzboy et écouter trente minutes de bourdonnement à fond les ballons. Fin du débat.

La troupe mené par Jordan Gatesmith (parmi les 50 personnalités les plus cool de 2011 nous dit-on) a tout pour l’alimenter, le débat, dont la destinée se devine rien qu’avec les photos promotionnelles : une bande de copaings, à peine sortie de l’adolescence, chacun bien dans son slim, chacun sa coupe bien dégagée derrière les oreilles, des restes d’acné sur le front et le muscle flasque. Tout suffit à subodorer qu’il y aura du Strokes dans l’air. Pis, c’est comme ça que s’est vendu, jusqu’au graphisme minimaliste de la pochette d’America Give Up, type paquet de clopes, cherchant à capter le style visuel épuré de la quintette niouyorkaise.

Faisant fi de ces tics de production compacte maintes fois entendus, leur salut vient des chansons, présentant un véritable talent de compositions, dans de courtes vignettes taillées dans l’os, exécuté à fond la caisse. Apanage de la jeunesse, toute l’ADN de Howler affleure dès les premières notes de « Beach Sluts », les Strokes via les Modern Lovers, la chanson-titre, relecture narquoise de « Born in USA », et « Wailing (Making Out) » aux similitudes flagrantes avec « The Modern Age ». Et grand bien leur fasse, tirant des leçons du songwriting concis de Julian Casablancas, avec ces lignes de guitares minimalistes et judicieusement dosées, Howler enfile de potentiels singles, à l’efficacité imparable. Originalité ou non, comment bouder le plaisir de morceaux aussi affolants que « This One’s Different », « Told You Once » ou « Back of your Neck », et son gimmick à faire chanter ma sœur, serait une gageur, modèle d’écriture maline et directe, invoquant les pop-songs vrombissantes de l’album bleu de Weezer.

Ça est là, encore mal dégrossi, s’ouvre un champ des possibles qui interpelle. Avec ces murs de guitares monolithiques et la voix grave et laconique de Gatesmith, que l’on aurait tort de trop comparer à un Casablancas conformiste, pointe le spectre de Jesus and Mary Chain, période Psychocandy (« Back to the Grave », pas loin de « You Trip Me Up ») et Darkland (« Too Much Blood » et ce « Free Drunk » au phrasé hypnotique à la rythmique implacable). Sur les charges les plus féroces, on se rappelle que la bande vient d’une ville ayant enfanté la fine fleure du rock américain underground, de tradition hardcore (The Replacements, Husker Du…), à l’écoute de « Pythagorean Feraem » et « Black Lagoon », dépassant de loin le cadre des références, aussi respectables soient-elles, du punk de la grosse pomme (Ramones, Feelies, Cars et tout le tintouin).

 

Amateurs de sensations inédites, vous l’aurez compris, le premier alboum d’Howler n’est pas fait pour vous. On n’y trouvera pas un mélange incroyable entre le grand orchestre d’Oum Kalthoum, des choristes coréens et des guitaristes jouant tous la même note, à des tonalités différentes. Non, que des réminiscences parfumées d’un artisanat de la chanson électrisante, petit plaisir sain lorsqu’on a plus rien à se mettre sous la dent. Sacrifions-nous à la hype, quand c’est bon, c’est bon, au moins jusqu’au mois prochain.

 



HOWLER – AMERICA GIVE UP (ROUGH TRADE/ BEGGARS)

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GROGALAMODE
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america give up, grogalamode, howler, jordan gatesmith, minneapolis, rough trade, The Strokes
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4 Responses to “GROGALAMODE #55 : HOWLER – AMERICA GIVE UP”

  1. Justin dit :
    9 février 2012 à 21 h 19 min

    Un album en rotation lourde par chez moi aussi ces derniers temps, très doués ces jeune morveux. Efectivement on devine toutes les influences mais les chansons font la différence et sont jubilatoires. La scie « This one’s different » c’est juste jouissif, tout comme « I told you once » et presque toutes les autres. Et ils ont mieux digérés Jesus and Mary Chain que quelques avatars récent qui singeaient plus les écossais qu’autre chose. A quand la plume enflammée du Grog sur cette merveille de Darklands ? Les rééditions récentes du groupe étaient somptueuses.

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  2. Zul dit :
    10 février 2012 à 12 h 19 min

    Justin, t’es un gros geek ! :)

    Répondre
  3. GROG dit :
    10 février 2012 à 12 h 24 min

    Plutôt d’accord avec toi Justin, concernant la digestion de Jesus and Mary Chain. Par rapport à Darkland, il est tellement ressassé dans les livres d’histoire que si je dois un jour parler d’un disque de J&MC, ce sera probablement un autre, Honey’s Dead ou Stoned & Dethroned… De beaux disques, dans l’ombre des premiers, plus cruciaux, c’est certain, mais qu’on a tendance à oublier.

    Répondre
  4. Justin dit :
    10 février 2012 à 13 h 22 min

    Hé hé bonne idée effectivemment Honey’s Dead et Stoned & Dethroned avec cet étonnant revirement sonore du groupe sur ces albums méconnus. Ungemuth (fan absolu des J&MC) a souvent défendu ces deux disques dans Rock & Folk. Bon vivement qu’ils repassent les Howler, le froid polaire et le format pas pratique des soirées de la Flèche m’ont fait sécher le concert…

    Répondre

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