LE GROGSTORE

Le blog musical qui ne sait pas si le blanchissement d'argent existe
  • rss
  • Accueil
  • CONTACT
  • SLOGANS
  • GROG-TOI !

GROGALAMODE #27 : Bravo Johnson – Come Taste The Sun

GROG | 12 février 2011

En voilà des vrais. Pas barbus, mais indépendants, au sens noble du terme. Galvaudé depuis belle lurette, celui-ci désigne, pourtant encore, ce qui sort d’anciens labels indés (Rough Trade, Sub Pop, pour les plus fameux), rachetés par des majors en licenses d’exploitation. Autrement dit, on aime qualifier la musique indé ce qui ressemble de près ou de loin au « style » sonore des années 80 (en vrac : consonances new wave, cold wave, revival garage, noisy pop, dream pop, électro chelou, franges, slim, p’tits gilets, etc…). Face à une foule d’usurpateurs, bien malgré eux (blâmons les directeurs artistiques), c’est avec soulagement qu’on découvre Bravo Johnson, groupe latino-américain, plus porté sur l’exploration du rock dit « roots », brûlant et abrasif, que les synthés CASIO. Le quatuor californien écrit, produit, et distribue sa musique en totale autonomie, via son propre label, Stone Junction. Mais le plus intéressant est ce que recèle le second alboum de ces meilleurs héritiers du rock californien, Come Taste The Sun, oscillant entre thématiques surréalistes et gloubiboulgas d’émanations psychédéliques. Stupéfiant.

Qu’on ne s’excite pas outre mesure, ce ne sont pas les seuls à se débrouiller comme des grands dans le territoire rock à guitares (dernier exemple en date : les Four Horsemen, culte formation de hard-rock sudiste au début des années 90, ayant récemment racheté leurs bandes pour les remasteriser eux-même et les distribuer via leur site oueb). Il y a en à même tellement qu’on ne sait plus où mettre ses esgourdes. Mais, d’une manière ou d’une autre, Bravo Johnson sont les plus ambitieux dans leur démarche artistique.

Mené par le dénommé Bravo Johnson (guitare, voix et autres machins), on avait découvert son groupe en 2008 avec un premier disque hallucinant : The Crooked and The Straight. Paf, un double cédé, direct, sans poser de questions. Une sacrée audace par une formation venue de nulle part. Cette véritable boite de pandore de la musique américaine mêle jam-band sudiste (les frangins Allman et autres Lynyrd Skynyrd), plans pop à la Tom Petty, avec un crochet par les Byrds, intonations Youngiennes et hard-rock brutal et sinueux dans la veine des anglais musclés, Led Zeppelin. Chaque musicien est mis en valeur, virtuoses, notamment le guitariste, et producteur, Hendrick Roever, véritable héros de l’alboum, naviguant entre les styles, capable même de singer à merveille le swing du grand guitariste de country, Jerry Reed. Le tout mâtiné d’une dimension thématique ambitieuse, avec un emballage surréalistico-morbide digne de Buñuel, assimilant les théories mystiques d’Alistair Crowley, qui imbibèrent la culture hippie à la fin des années 60. Enfin bon, ça ne saute pas non plus aux oreilles…

Deux ans plus tard, quand paraît Come Taste The Sun fin décembre 2010, on avait un peu oublié Bravo Johnson, essayant encore de digérer leur premier essai (faut y aller pour se l’ingurgiter d’une traite).

Cette fois-ci, nos amis optent pour la concision, avec un disque concentré et tendu, lorgnant vers le côté métallique d’un Neil Young en perdition mentale. Autrement dit, les amateurs du sublime Sleeps With Angels (1994) s’y retrouveront dans ces longues explorations soniques, décrivant des tableaux d’un Ouest américain lugubre aussi proche des délires de Jodorowsky que l’approche lancinante d’un Sergio Leone (« Dime », long tunnel dégoulinant de slide lointaine et minimaliste). Le mimétisme avec le Loner apparaît à maintes reprises, s’en est presque obsessionnel, comme dans l’élégiaque « Rider ». Tout au long de ce mid-tempo, on reconnaitrait cette production oppressante entre mille : lourde batterie réverbérée, voix fluette harmonisée, et guitares saturées brouillonnes. A sa suite, « Birds » prolonge la comparaison avec le Crazy Horse, lardé de larsens sur une rythmique monolithique, tandis que « Sun Song » décrit les mêmes motifs angoissants entendus sur On The Beach.

La plupart des morceaux composant Come Taste The Sun se décrivent le même canevas, dans un songwriting bien moins complexe que The Crooked and The Straight. Tout s’articule autour de gimmicks répétitifs, des architectures solides sans être à l’abri de brusques ruptures de cycle. Car, rappelons-le, Bravo Johnson est d’abord une association heureuse de musiciens virtuoses.

Come Taste The Sun s’ouvre sur « Spell », un ragga à la Byrds, rauque à souhait, dont l’interprétation laid-back évoque les premiers essais toxiques du J.J. Cale des jeunes années, au sein des Leathercoated Minds (avec un alboum mythique, A Trip Down Sunset Trip et sa sublime reprise du « Eight Miles High » des Byrds, justement). Ces sensations se retrouvent un peu plus loin dans « Ship », où les racines latines de Bravo Johnson ressortent, rencontre entre Santana et Stephen Stills. Le ragga introductif se voit brutalement interrompu à mi-parcours, laissant place à un Wurlitzer rêveur, secondé par une montée de percussions orgasmiques. Les influences sudistes se font entendre dans « Magnolia », tout en slide acoustique, avant l’embardée hard-rock de « EZ ». Cependant, le morceau phare de Come Taste The Sun est sans aucun doute le long et lunaire « Run », gonflé par une basse hypnotique, sur une batterie insaisissable, au tempo fou, se muant en boogie hallucinogène supporté par un clavier aquatique.

Aride, suffoquant, Come Taste The Sun est un album à découvrir d’urgence, autant pour sa démarche réellement indépendante (pas de clips, pas de prestations en TV, etc…) que pour la qualité musicale. Bravo Johnson est un groupe auquel il faut rencontrer par soi-même, demandant un réel effort de sa personne pour entrer dans leur univers. Intelligent et rustique, brut et déviant sans être situationniste, l’œuvre de Bravo Johnson s’annonce l’une des plus passionnantes de la musique américaine moderne.

Bravo Johnson – Come Taste The Sun (Stone Junction)

http://www.bravojohnson.com

Bravo Johnson – Rider by GROG
Bravo Johnson – Run by GROG

Catégories
GROGALAMODE
Tags
Bravo Johnson, byrds, come taste the sun, grogalamode, indépendant, neil young, rock, roots, the crooked and the straight
Flux rss des commentaires
Flux rss des commentaires
Trackback
Trackback

« GROGALAMODE #26 : RETRO 2000 – L’Année 2004 (1) Ryan Adams – Love Is Hell (04/05/2004) GROG&CO #13 : Un dimanche soir très pré-Saint Valentin avec JB »

Leave a Reply

Cliquez ici pour annuler la réponse.

Articles récents

  • GROG EN VRAI – BLIND DIGITAL CITIZEN #2 – Reykjavik 402
  • GROGALAMODE #62 : L’AVENTURE DES SHEEPDOGS
  • GROG EN VRAI – BLIND DIGITAL CITIZEN #1 – Ferme les yeux
  • LE GROGSTORE DEVOILE SON PATRIMOINE
  • LES AVENTURES DE GROG : The Besnard Lakes, de l’espoir dans les ténèbres

Nuage de Tags

Ambroise Willaume americana blues bruce springsteen captation Christophe Musset claire denamur concert country dawes florent marchet folk gibert-joseph Grog grogalamode grog en vrai grogenvrai grogoliste grogothèque hip hop interview Johnny Cash jonathan wilson Jérémie Arcache les aventures de Grog musique Mustang Mustang font des chansons new wave noel pop retro 2000 revolver rock rock français rover réédition rééditions soul The War on drugs timothée régnier vagabonde variété française vidéo édito

Recherche

RAYONNAGE

  • EDITO
  • GROG&CO
  • GROGALAMODE
  • GROGENVRAI
  • GROGOTHEQUE
  • GROGOUNDERGROUND
  • LES AVENTURES DE GROG
  • LES REEDITIONS DU MOIS


rss Flux rss des commentaires valid xhtml 1.1 design by jide powered by Wordpress get firefox