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GROGALAMODE #24 : RETRO 2000 – L’Année 2003 (1) The Jayhawks – Rainy Day Music (08/04/2003)

GROG | 5 février 2011

En 2003, au beau milieu de la foire aux guitares pour le prix de qui fera le plus gros boucan, compétition alimentée par l’émergence de plein de petits keupons en converses et jeans slim saillant, bien incongru est la démarche des Jayhawks pour leur septième alboum.

On n’imagine bien que les Jayhawks, là comme ça, ça ne parle pas à l’aventurier du XXIème siècle que tu es, jeune bloggeur (oui, même toi, le vieux). Mettons-nous en situation. Respecté et respectable groupe de Minneapolis apparu à la fin des années 80, ces pionniers ouvrirent la voie à ce qui deviendra l’americana et la country alternative en pleine vague grunge et hardcore, au gré d’albums faramineux. Resserrés autour du trio Gary Louris, Mark Olson et Marc Perlman, les Jayhawks ont connu leur heure de gloire au début des années 90, grâce à deux disques majeurs, Hollywood Town Hall et Tomorrow Green Grass, ravivant la flamme de la West-Coast avec les harmonies parfaites des deux leaders, du mélange chaud-froid entre les guitares acoustiques étincelantes d’Olson et les embardées virtuoses de Louris. Armés de chansons parfaites, d’une production intemporelle (l’excellent George Drakoulias), c’est la Californie de Buffalo Springfield, des Eagles, des Byrds qui s’ensinue dans nos esgourdes, ainsi que toute la discographie de Gram Parsons, sans parler des Everly Brothers, etc… Puis Mark Olson s’en va, composant ses alboums de folk avec sa compagne Victoria Williams (sous le nom de The Original Harmony Ridge Creekdippers), puis en solo (The Salvation Blues est un disque majeur du nouveau millénaire). Stabilisés autour de Louris, Perlman, du batteur Tim O’Reagan, du guitariste Kraig Johnson et de la claviériste Jen Gunderman, les Jayhawks abandonnent leur son boisé, et leurs fans, pour des dérives pop et psychédéliques lorgnant plus du côté Big Star et Television, qui vont culminer avec le massif Smile, produit par Bob Ezrin*.

D’où choc, et joie, à l’écoute de Rainy Day Music, un album simple, direct, d’une limpidité confondante, retrouvant les vibrations rustiques d’Hollywood Town Hall. Cette fois-ci, il ne reste plus que Gary Louris, Marc Perlman et O’Reagan aux commandes, épaulés par le producteur multi-instrumentiste Ethan Johns**, sous l’oreille affûté de Rick Rubin. Un quatrième larron de choix s’est greffé au groupe, en la personne de Stephen McCarthy, flamboyant guitariste des mythiques Long Ryders, apportant sa science de la pedal-steel et de la lap-steel. Comme d’habitude chez les Jayhawks, les invités de marque se bousculent au portillon pour mettre leurs touches,  comme le fiston Zimmerman, Jakob Dylan, et, euh, Chris Stills, aux chœurs, en passant l’Eagles Bernie Leadon faisant roucouler son banjo sur l’exhubérant « Tailspin ».

Amateur des Beatles convaincu, Louris délivre un chapelet de pop-songs à tomber, gracieuses et évidentes. Son filet de voix fragile emporte les refrains de « Tailspin » et « Eye Of Sarahjane » vers la stratosphère, parfaitement supporté par les harmonies magiques d’O’Reagan et McCarthy. Co-écrit avec le petit prince de la power-pop Matthew Sweet, les arpèges de « Stumbling Into The Dark », entremêlés au banjo de McCarthy, ouvre Rainy Day Music avec quiétude, donnant le ton aux douces ballades signées Louris, de « All The Right Reasons » à « You Look So Young », qu’on se surprend à chanter sous la douche après seulement une écoute. Si les climats de feu de camps peuvent rebuter les excès de testostérones, les plus virils vont fondre sur « Save It For The Rainy Day », type même de la chanson parfaite, que « Eyes Of Sarahjane » finit par achever, relevée par l’organiste Richard Causon, au refrain à briser le cœur. C’est qu’on en parle beaucoup de cette histoire de refrains dans ce disque. Pas un titre de Rainy Day Music n’échappe à cette règle, c’est irrésistible, on n’y peut rien tellement tout ceci est désarmant. Car non, si parfois les Jayhawks peuvent manquer de muscles, on n’a pas affaire à des mélodies de nains. La production d’Ethan Johns est d’une pureté sans pareil, signant probablement son chef d’œuvre, ne surchargeant aucunement les orchestrations, un orgue par-ci, des chœurs par-là, laissant les guitares acoustiques tout devant. Ce disque fait du bien.

En conclusion du disque, Louris lâche du leste, laissant la place aux compositions de O’Reagan et Perlman, le premier signant les ultimes « Tampa To Tulsa » et « Don’t Let The World Get in Your Way », lugubre balade lennonienne, une fois de plus illuminée par un refrain à faire sortir Moubarak de son bureau, tandis que le bassiste trousse la paisible complainte de clôture « Will I See You In Heaven ».

Si vous ne devez écouter qu’un disque dit d’« americana », ce serait celui-là, l’un des fameux disques de l’île déserte pour GROG. Et en plus, il s’agit d’un des dix meilleurs albums des années 2000. Oui, oui.

The Jayhawks – Rainy Day Music (American Recordings)

*l’homme des chefs d’œuvres baroque d’Alice Cooper, de Berlin de Lou Reed ou encore de The Wall des Pink Floyd, selon son (bon) goût.
**le faiseur de son des premiers Ryan Adams, de Ray Lamontagne, des jeunes Kings Of Leon, sans oublier l’architecte du retour en grâce de Tom Jones.



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2003, country rock, gary louris, grogalamode, jayhawks, rainy day music, retro 2000
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