GROGALAMODE #23 : Ponderosa – Moonlight Revival
GROG | 3 février 2011Le ponderosa est une variété de pin que l’on peut trouver dans les Rocheuses, jusqu’aux reliefs arides du Mexique, capable de vivre entre 500 et 600 ans ! Si on le trouve en Europe, sa taille n’excède pas 40 mètres, alors que dans son habitat d’origine, certains peuvent atteindre les 50 mètres avec une base de 3 mètres ! Et pourtant, originaires d’Atlanta, les quatre membres de Ponderosa s’inscrivent dans la longue lignée de groupes ayant fait pousser leurs cheveux (gras) et leurs barbes (qui ne le sont pas moins) à l’arrière de leur van, qui est, comme tout le monde le sait, le principal élément formateur du meilleur de l’americana poilu, le whisky au biberon et l’entraînement au lever de coudes dans les pires rades. Encore uniquement disponible en import chez nous (ça, faudra s’y faire), Moonlight Revival est la confirmation de l’excellence régnant au sein de l’americana outre-Atlantique. Le moindre petit groupe étant capable de pondre des merveilles, on ne sait plus où donner de la tête et, grâce à des labels de bon goût comme New West et Lost Highway, nous ne sommes jamais à l’abri de découvrir un chef d’œuvre, sans pourtant qu’on ne le sache. Avant que vous ne découvriez par vous-même ce puit sans fond, GROG vous guide sur le premier disque de Ponderosa.
Formés en 2005 autour du chanteur Kalen Nash et du guitariste Kris Sampson, rapidement rejoins par John Dance, seul membre non barbu et clavier amateur de Rhodes, le bassiste J.T. Hall, Ponderosa a eu le temps d’écumer les concerts pour parfaire son répertoire. Un pur groupe de bar, sans autre ambition de faire une musique capable de contenter le travailleur, du MidWest ou de la grande ville, et lui divertir les esgourdes après une journée de boulot. Être suffisamment variés sans aller non plus se mettre à faire des reprises de disco. À n’en pas douter, les concerts de ces derniers doivent regorger de reprises du cru. Ce ne sont certes pas les seuls à proposer ce type de musique, le territoire ricain regorgeant de gangs parcourant les routes et les bars comme autant de saloon, de Drive-By-Truckers à Old 97’s. De l’efficacité avant tout. Comme pouvaient le faire les jeunes Kings Of Leon, ne l’oublions pas.
Frais moulu de la branche rustique et braillarde de l’americana, capable de se fondre dans des ambiances nuancées et boisées, le quatuor, en compagnie du batteur Darren Dodd, peut autant rappeler Creedence Clearwater Revival, les boogies de Lynyrd Skynyrd tout en retrouvant le hard-rock élastique des Black Crowes, avec une touche d’anglais se prenant pour des pequenots de l’Arkansas, à l’image des Stones et des Faces. Ne parlons même pas des références country, folk et tout le tintouin, lieux communs lorsqu’on aborde ce genre de groupe.
Toutes ces références se retrouvent ainsi malaxées, éclatées tout au long de Moonlight Revival, passant allègrement de la quiétude du feu de camps (« Pistolier », potentiel tube dans le créneau de James Blunt, mais avec des hémorroïdes) au boogie-soul sudiste (« Old Gin Road », ouverture euphorisante). Outre l’étonnante souplesse du groupe (cette section rythmique, parbleu !), le principal atout de Ponderosa réside dans la voix de Kalen Nash, caressante s’il le faut dans « Penniless » et son le banjo aux effluves du Band), éructant dans les ultimes halètements de « Devil On My Shoulder », déclaration de guerre aux Kings Of Leon et autres imposteurs. Il porte littéralement chaque chanson vers la stratosphère, entre la soul de la cavalcade « Pretty People » et son riff stonien, les accents country de l’hymne sudiste « I Don’t Mind », avant de tutoyer Neil Young. Le langoureux « Girl I’ve Ever Seen » pourrait être sorti de Comes a Time, tandis que le groove abrasif et lancinant évoque les paysages lunaires d’On The Beach et Zuma, ainsi que, plus récemment, les excellents Alberta Cross.
Pour leur premier entrée en studio, Ponderosa s’est adjoint les services d’un spécialiste, Joe Chiccarelli, qu’on peut voir créditer, entres autres, aux commandes du dernier alboum des White Stripes (Icky Thump) et My Morning Jacket (Evil Urges). On y entend une production à « l’amiricaine », policée, brillante avec un son de batterie mâte comme on les aime, une basse grondante, les guitares parfaitement dosées, respectant ce que l’on imagine être la dynamique du boucan créé par nos nouveaux héros en concert.
À l’heure qu’il est, Moonlight Revival ne devrait plus tarder à être distribué dans nos contrées. En attendant, vos importateurs préférés devraient réussir à vous contenter. Si tu aimes autant Ray Lamontagne que le Allman Brothers Band, autant Ryan Bingham que les Black Crowes, Ponderosa risque d’être une affaire à suivre. GROG prend le pari.
Ponderosa – Moonlight Revival (New West Records)
Une fois de plus, impossible de balancer des titres de l’alboum (putain de droits), donc voici les mêmes, mais d’une qualité sonore moindre. Ce sera suffisant pour vous convaincre, je n’en doute pas :








