GROGALAMODE #22 : Jenny & Johnny – I’m Having Fun Now
GROG | 28 janvier 2011Ils sont jeunes, ils sont beaux, on les croirait sortis tout droit d’une série MTV, la mèche bien placée, le fond de teint nickel au réveil. Et en plus, ce sont les retardataires de 2010, saleté de jeunes. Enfin, jeunes, c’est un bien grand mot. La Jenny Lewis a déjà déroulé du câble, après s’être distinguée auprès des télégénique Rilo Kiley, dont « Portions of Foxes » est devenu le générique de Grey’s Anatomy (mais aussi dans Dawson, Les Frères Scott, que du bon). Déjà aperçus au côté d’Elvis Costello sur son album Momofuku, Jenny et son boyfriend Johnathan Rice (songwriter anglais raffiné expatrié à L.A.) officialisent leur union musicale, réveillant les harmonies de Laurel Canyon sur fond de turbine power-pop lumineuse. Vous l’aurez compris, avec Jenny & Johnny, GROG offre un concentré d’insouciance californienne, un pur plaisir facile à ingurgiter tout l’hiver.
Attention, amateurs de mélodies biscornues, d’« univers » et autres incongruités, passez votre chemin. L’équation du duo californien prouve qu’on n’écrit jamais mieux que quand on est amoureux, donnant des envies de rythmiques effrénées, de mélodies malignes aux arpèges ensoleillés, recélant de refrains fondant comme un esquimau perdu dans Santa Monica. Décochés d’entrées, « Scissor Runner » et « My Pet Snakes » sont des tubes imparables, gonflés d’harmonies, de guitares virevoltantes, les voix en dialogue constant. Dès ces premières chansons, on constate, tout comme chez The Decemberists, l’influence traumatisante de R.E.M. sur toute la pop américaine de ces trente dernières années. La sublime balade « Animal » en est la preuve parfaite, classieuse aux accents folk, piochée tout droit dans les slows cryptiques du groupe durant les années 80, les chœurs qui se répondent dans « My Pet Snakes » ou dans les up-tempo exubérants à l’image de « Committed ».
Mais ne soyons pas dupes, c’est avant tout Jenny Lewis qui se taille la part du gâteau, en quête de reconnaissance en tant que songwriter, contrairement à Johnathan Rice, ayant fait parlé de lui grâce à Further North (2007), son premier disque paru sur une major. Fausse ingénue chez Rilo Kiley (dont on retrouve Jason Boesel aux fûts ici), on l’a vue se muer en chanteuse gracieuse aux accents country, oscillant entre Pasty Cline, Loretta Lynn et Dolly Parton, comme en témoigne ses collaborations avec Costello, fervent défenseur de son premier disque solo Rabbit Fur Coat, ou encore She & Him. De fait, I’m Having Fun Now n’est rien d’autre qu’un véritable album de country maquillé dans un écrin pop, grâce au chant de Lewis n’hésitant pas chercher les notes hautes en voix pleine, quand elle n’assure pas les chœurs divins rehaussant le timbre quelconque, avouons-le, de son compagnon. Chef d’œuvre du disque, « Big Wave » fait figure de coup de grâce, basse ronde, batterie déterminée, et mur de guitares bourrasques. Le chant de la trentenaire est irrésistible, rageur, d’une pureté stupéfiante.
Après une entame parfaite, le tempo se ralentit, alternant comptines vaines (« While Men Are Dreaming »), ritournelles musclées (« Just Like Zeus »), folk à maracas tartes (« New Yorker Cartoon »), balade rêveuse et susurrée (« Straight Edge of The Blade », et son refrain magique), ramenant I’m Having Fun Now dans une certaine routine, malgré sa production bucolique et économe.
Jenny & Johnny risquent de devenir tes nouveaux amis, petit européen tristounet qui rêve de balade en voiture sous le coucher de soleil de Malibu, de surf au creux des vagues de Zuma Beach et de promenades bucoliques dans les collines traversées par Mulholland Highway. You’re Having Fun Now.
Jenny & Johnny – I’m Having Fun Now (Warner Bros Records)







