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GROGOLISTE DE NOEL : François Plassat – Paul McCartney – L’empreinte d’un géant (JBz & Cie)

GROG | 24 décembre 2010

Et nous y voilà, le dernier volet de la GROGOLISTE DE NOEL. Alors que biographies et analyses des Beatles, et surtout de John Lennon, pullulent comme des petits pains depuis une trentaine d’années, rares ont été les occasions de se pencher sur le cas Macca. Les idées reçues et les clichés durailles (« oh le gentil bonhomme ! », « oh la bonne bouille à maman, c’est pas un peu niais ce qu’il compose ? ») sont méticuleusement pulvérisés dans ce pantagruélique recueil rédigé par un geek de la première heure, l’œuvre d’une vie entre deux clics sur photoshop. Graphiste de formation, patron de l’agence Nuit de Chine, François Plassat nous invite à voyager dans plus de cinquante ans de musique, à travers la description d’une maniaquerie maladive du parcours de l’ex-Fab Four. Cet ouvrage procure un de ces rares sentiments d’immersion totale dans l’univers d’un artiste comme il ne nous a pas été donné de ressentir depuis Robert Siodmak, le maître du film noir d’Hervé Dumont, dans l’autre grande passion du GROGSTORE, le cinéma. Voici ce qui ressemble à la meilleure biographie sortie cette année, ou presque, écrite avec précision, qui ravit et donne envie de partager sa passion. Judicieusement paru en même temps que la réédition de Band On The Run, maître étalon de la carrière post-Beatles de McCartney, ce livre n’a pourtant pas fait grand bruit. Raison de plus pour GROG à vous inciter à le glisser au pied du sapin.

Il est vrai qu’à travers les vingt-neuf alboums solo, plus ceux des Beatles, les live en pagaille, les 45 tours à la pelle, les collaborations incessantes et patati et patata, s’attaquer à la vertigineuse œuvre de Paul McCartney a de quoi donner l’envie de s’enfuir en courant. Ses penchants pour le miel des mélodies d’avant-guerre et les chansons pop bien ouvragées n’ont pas aidé à plaider en sa faveur, subissant pendant de longues années un quiproquo indécrottable de fiston de bonne famille à l’optimisme niais, plus réfléchi que le fougueux Lennon, ce dernier gagnant la première place au rang de mythe, grâce (ou à cause) de son assassinat prématuré par un déséquilibré. Les puristes ne s’y sont jamais laissé prendre, mais force est de constater que l’auteur de « Yesterday » a rapidement été catalogué, mettant de côté son véritable profil d’incessant défricheur musical (le meilleur musicien de la bande) et de boulimique de toute forme d’art (c’était bien lui l’avant-gardiste de la famille), capable de se remettre en question à divers moments cruciaux de sa carrière. Si la réhabilitation de Macca débute en 1997 par l’indispensable Many Years From Now, livre d’entretiens avec Barry Miles le voyant revenir point par point sur son rôle au sein des Beatles, rare, pour ne pas dire inexistant, ont été les ouvrages se concentrant sur sa carrière à partir de 1970.

Lors de la sortie de Memory Almost Full (2007), dernier alboum studio en date, Patrick Eudeline envisageait déjà dans les colonnes de Rock & Folk de se replonger au cœur de la carrière des Wings, deuxième formation à la structure changeante. Une fois n’est pas coutume, on s’accorde au vieux beau de la critique rock française. En 2010, François Plassat offre la meilleure (pour ne pas dire la seule) porte d’entrée à l’univers McCartney. C’est bien simple : rien ne lui a échappé. Collectionneur forcené, Plassat dépiote sur 544 pages (écrit petit) les moindres minutes, la moindre manifestation, le moindre mouvement d’orteil du bassiste de Liverpool, s’articulant d’année en année sur les sorties de ses albums comme points de repère. Autre élément notable, et parti pris d’une grande intelligence, l’auteur expédie les années Beatles, ne se consacrant qu’à la part de McCartney. Ce qu’il aurait ajouté sur le sujet serait forcément du pipi de chat par rapport à la somme de dissertations existantes. Donc, le gros du sujet, c’est la suite.

Du traumastime post-séparation des Beatles avec McCartney, la reconstruction à la force du poignet Ram puis l’aventure Wings et son succès mondial (Band On The Run) jusqu’à la carrière en solitaire à partir des années 80, François Plassat décrypte la méthode de travail de son héros, les particularités et les trouvailles de chaque chanson (aucune n’évite sa loupe), allant même jusqu’à analyser la confection des pochettes et les multiples formats ayant accompagnées chaque sortie. On n’est pas graphiste pour rien. L’ensemble est savamment écrit, le vocabulaire imagé, si précis qu’il en est parfois indigeste, notamment sur la fin, l’auteur semblant avoir épuiser les ressources de son dictionnaire des synonymes. Fan mais pas complaisant, il réussit à garder une distance nécessaire avec son sujet quand ce dernier s’égare (les coups de mous de Give My Regards To Broadstreet ou les faiblesses de certains titres des Wings, voir même l’autocélébration embarrassante de ces dernières années). Mais à chaque fois, il parvient à en dégager les points positifs et à re-contextualiser les faits. À chaque ligne, une seule et même envie vous poursuit : dégoter ces satanés albums et les écouter ! Ce livre donne faim, je vous le garantis.

Pour le néophyte, cette écriture risque de le traumatiser, ne pouvant attendre les rééditions promises de son catalogue pour 2011 (sans qu’aucune date ne soit confirmée). Comment résister à la tentation de se lover dans le chaleureux Red Rose Speedway (1973), les trouvailles insensées de Ram (1971), l’épure lumineuse de Chaos and Creation in the Backyard (2005), les beautés du dyptique Tug Of War (1981)/ Pipes Of Peaces (1983), la pop ultime de Flowers in the Dirt (1989) en collaboration avec Elvis Costello (découvert sur le tard, comment a-t-on pu vivre tout ce temps  sans cette sensibilité?) ou encore l’abrasif Driving Rain (2001) ? Même ses albums de reprises accrochent l’oreille, de Choba CCC P à Run Devil Run (avec trois inédits pas piqués des hannetons), en passant par le doux MTV Unplugged. Personnellement, je ne peux que vous conseillez de tâter du biscornu McCartney II, enregistré tout seul à la maison, peu de temps avant la fin des Wings, audacieux album de new wave tordue, mettant minable le Low de David Bowie et la pop oblique de XTC période Drums and Wire. Écoutez « Coming Up » et vous verrez. Oh, tout n’est pas parfait, loin de là, mais le danger guette souvent du côté de Paul McCartney, car un chef d’œuvre n’est jamais très loin, même dans ses albums les plus médiocres, quitte à passer la barrière du son des productions eighties. Pour dire : à présent, hors passage FM, « Ebony and Ivory » n’hérisse plus le poil et « Say, say, say » rend Michael Jackson écoutable (OK, celle-là était facile). Ce qui est énervant chez lui, c’est que, quoiqu’il arrive, on a 90% de chances de siffloter ses chansons instantanément, même la plus craignos. Si certains « indies » sceptiques lisent ces lignes, et s’ils restent de marbre, faites donc un tour du côté de son projet The Fireman avec Youth, l’ex-bassiste de Killing Joke, producteur émérite de Primal Scream ou Depeche Mode, ouvrant la voie à McCartney vers des paysages soniques plus climatiques et électroniques. Leur dernier album en date, Electric Arguments, risque d’en couper la chique à plus d’un. Difficile d’imaginer un vieux monsieur de 66 ans chanter un blues aussi crapouilleux que « Nothing Too Much Just Out of Sight » ou reprendre à son compte les sentiers battus par U2 avec autant de fougue que sur « Sing For The Changes », bouffée d’adrénaline irrésistible. Et pourtant, c’est bien Macca, jouant une fois de plus de tous les instruments. Mais je n’invente rien, toute cette passion en revient à l’enthousiasme communicatif François Plassat. Pour s’y retrouver, une discographie, des Beatles à aujourd’hui, est placée en conclusion, avec à chaque fois un petit commentaire, histoire d’aiguiller nos choix, ainsi que tous les best-of, les live, les albums divers et variés où son nom apparaît. Un fou furieux, on vous dit !

Depuis le GROGSTORE, on entend déjà les raseurs critiquer le fait qu’il n’a jamais rencontré plus d’une fois Paul McCartney. Après tout, quelle légitimité à ce graphiste pour donner son avis sur l’animal (il est vrai qu’une certaine complaisance dégouline çà et là) ? Quand on observe la somme de recherches effectuées et la précision diabolique et rigoureuse qui charpentent cet ouvrage, tout ceci n’a pas beaucoup d’importance. Paul McCartney – L’Empreinte d’un géant est formidable, point barre.

L’Avis d’Howard : « Sapristi! Paulo revisited! J’en veux, ça changera mon môme de Lady Gaga! Je vais me jeter sur la réédition de Band On The Run. lL’album est sorti sous trois formats, dont un coffret giga collector où l’on retrouve le disque remasterisé (même si le son n’est fpas orcément meilleur que la précédente édition en 1999), avec des faces B, des chutes, etc… Mais surtout l’intérêt vient de la présence du documentaire inédit One Hand Clapping, datant de 1974. Merci GROG, et joyeuses fêtes à tous ! »

François Plassat – Paul McCartney – L’Empreinte d’un géant (29,99€) JBz & Cie

Paulo en quelques vidéos à visionner en attendant le Père Noël :















Joyeux Noël à tous !

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beatles, françois plassat, grogoliste, livre, musique, paul maccartney - l'empreinte d'un géant, paul mccartney, wings
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One Response to “GROGOLISTE DE NOEL : François Plassat – Paul McCartney – L’empreinte d’un géant (JBz & Cie)”

  1. Vincent dit :
    24 décembre 2010 à 12 h 05 min

    Lu le pavé et ça met en lumière un truc assez dingue : ce type ne s’est jamais arrêté en 50 ans. Je pense qu’il écrit (avec plus ou moins de réussite) l’équivalent d’un album MINIMUM par an ! Toutes les chansons ne sortent pas, mais putain y’en a une pagaille (sans compter les oeuvres classiques etc…)

    A titre personnel, « Chaos and creation in the Backyard » et « Electric Arguments » sont les deux albums qui le mettent définitivement au-dessus de la mêlée… A 63 ans et 66 ans écrirent des trucs pareils c’est franchement beau. Surtout quand on a écouté « Press to play » sorti en 86… qui est assez indigeste. Comme quoi le talent revient toujours chez ce type.

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